Mental

Le Mental en Ultra Trail : Tenir Quand Tout Devient Difficile

On parle beaucoup d’entraînement, de nutrition, de matériel. Mais sur un ultra, ce qui fait vraiment la différence entre ceux qui finissent et ceux qui s’arrêtent, c’est souvent invisible : c’est le mental. Pas la force physique. Pas les chaussures. Le mental.

J’ai couru des courses de plus de 170 km. J’ai accompagné des coureurs de tous niveaux. Et à chaque fois, j’observe le même schéma. Pas une exception. Ce schéma, je vais vous le décrire — et vous expliquer comment le traverser.

Le premier tiers : le piège de l’invincibilité

Les premières heures d’un ultra, c’est presque euphorique. Les jambes tournent bien, la nuit n’est pas encore là, l’adrénaline est à son pic. Vous vous sentez fort. Vous pensez peut-être que cette fois, ça va être différent. Que vous allez être épargné.

C’est le piège le plus dangereux d’un ultra trail.

Au premier tiers de la course, on se croit invincible. Et c’est exactement là qu’on fait ses plus grosses erreurs : on part trop vite, on saute un ravitaillement, on sous-estime le dénivelé qui reste. Ce sentiment d’invincibilité est une illusion. Une belle illusion, mais une illusion.

La bonne posture au premier tiers ? Rester humble. Manger alors qu’on n’a pas encore faim. Gérer son allure comme si la vraie course commençait dans 6 heures — parce que c’est le cas.

La moitié : l’enfer commence. Et c’est normal.

Peu après la moitié, quelque chose change. Les jambes sont plus lourdes. Les pensées deviennent moins claires. Une petite voix commence à chuchoter des choses désagréables. Pourquoi tu fais ça ? Tu pourrais t’arrêter là. Personne ne te force.

Ce moment, tout le monde le vit. Sans exception. Que vous soyez finisher de l’UTMB ou que ce soit votre premier 100 km. La douleur, le doute, la fatigue — ils arrivent pour tout le monde au même endroit.

Savoir ça change tout. Parce que quand ça arrive, vous ne vous dites plus « quelque chose ne va pas avec moi » — vous vous dites « ah, c’est ce moment. Je le connais. »

Comment traverser les moments difficiles

La clé, c’est l’acceptation. Pas la résistance. Quand un moment difficile arrive, la pire chose à faire c’est de s’énerver contre soi-même, de paniquer, de forcer. Ça amplifie tout.

Ce que j’ai appris, course après course :

  • Sentir le moment délicat et le nommer. « Là je suis dans une mauvaise passe. » Juste dire ça intérieurement suffit à réduire l’intensité.
  • Garder la tête froide. Pas d’émotion, pas de décision irréversible. Avancer, c’est tout.
  • Manger. Très souvent, le bas mental est simplement un manque d’énergie. Un gel, une compote, du salé — et 20 minutes plus tard, tout semble différent. La gestion nutritionnelle pendant l’ultra est directement liée à la stabilité mentale.
  • Ralentir sans s’arrêter. Réduire l’allure de 10-15 % suffit souvent à laisser passer la vague.
  • Se répéter : ça va passer. Parce que c’est vrai. Toujours.

Un ultra trail, c’est une succession de hauts et de bas. Ce n’est pas une ligne droite vers l’arrivée. Ceux qui finissent ne sont pas ceux qui n’ont pas souffert — ce sont ceux qui ont appris à laisser passer la souffrance sans la nourrir.

Ma technique : penser à mes proches

Je vais vous partager quelque chose de personnel, parce que ça m’a sauvé plusieurs fois.

Quand l’envie d’abandonner devient très forte — quand la voix intérieure crie fort — je pense à mes proches. Je dis leurs prénoms dans ma tête, un par un. Et quelque chose se produit. L’envie d’abandonner disparaît. Pas complètement peut-être, mais assez pour faire le prochain pas. Et le suivant.

Ce n’est pas de la magie. C’est de la neurologie. En activant une émotion positive forte — l’amour, l’appartenance, la reconnaissance — vous court-circuitez la spirale négative. Le cerveau ne peut pas tenir les deux en même temps.

Testez-le à l’entraînement. Mémorisez vos personnes. Sur la course, elles vous porteront.

La visualisation : se préparer avant de partir

Le mental se travaille aussi avant la course. La visualisation est un outil que j’utilise régulièrement dans les semaines précédant un grand objectif. On se voit traverser les moments difficiles, on se voit finir, on ressent l’arrivée dans son corps avant même d’y être.

Voici une vidéo de visualisation que je recommande à tous mes coureurs. C’est celle que je pratique moi-même :

La seule chose qui devrait vraiment vous arrêter : la blessure

Tout ce dont je viens de parler — la fatigue, le doute, les bas mentaux — ça ne devrait pas vous arrêter. Vous pouvez traverser tout ça. Le corps humain est fait pour ça.

La seule chose qui justifie un abandon réel, c’est la blessure physique sérieuse. Et la bonne nouvelle, c’est que les blessures graves sur un ultra se préviennent. Elles ne tombent pas du ciel le jour J.

Elles se construisent sur des mois de mauvaises habitudes : des semaines sans étirements, trop de dénivelé trop vite, une récupération négligée, un sommeil insuffisant. C’est pour ça que dans ma façon de préparer un ultra, l’hygiène de vie sur 12 mois n’est pas une option — c’est le fondement.

Étirements quotidiens. Sommeil. Alimentation anti-inflammatoire. Semaines de récupération respectées. Si vous faites ça sérieusement pendant un an, votre corps arrivera sur la ligne de départ solide. Et ce jour-là, le reste — la douleur, le doute, la nuit, le froid — ne vous arrêtera pas.

Le mental, ça s’entraîne aussi

Comme les jambes, comme les poumons. La maîtrise de la respiration est l’un des outils les plus directs pour influencer votre état mental en course — cohérence cardiaque, respiration nasale, gestion du stress. Ce n’est pas un hasard si les meilleurs ultratrailers travaillent autant leur respiration que leur endurance.

Le mental d’un finisher, ça ne s’invente pas le jour de la course. Ça se construit dans les mois qui précèdent, dans les sorties longues difficiles, dans les moments où on choisit de continuer alors qu’on pourrait s’arrêter.

Chaque sortie inconfortable est une répétition. Une preuve que vous pouvez traverser l’inconfort. Accumulez ces preuves — votre cerveau s’en souviendra quand vous en aurez le plus besoin.


Vous voulez travailler votre préparation mentale dans un cadre structuré ? C’est exactement ce qu’on fait lors des stages au Chasseral — terrain, mental, nutrition, tout ensemble. Contactez-moi si vous voulez en savoir plus.

Bastien Liebgott
Bastien Liebgott
Ultratrailer & coach · UTMB Index 555
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Basé à Evilard, au pied du Chasseral. J'ai terminé la Diagonale des Fous (175 km / 10 107 m+) et plusieurs ultras à travers les Alpes et le Jura. Ce que j'ai appris en 8 ans de course, je le transmets dans les stages et les ressources de Prepa Ultra Trail.

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