Tout le monde parle de ce qu’on mange pendant un ultra. Les gels, les barres, la stratégie aux bases de vie. C’est important. Mais c’est 20 % du problème. Les 80 % restants, c’est ce que tu manges l’année qui précède ta course. Chaque repas. Chaque collation. Chaque choix alimentaire au quotidien. C’est là que se construit le moteur — pas dans les 12 semaines de préparation finale.
J’ai mis du temps à comprendre ça. Et depuis que j’ai changé mon alimentation quotidienne — pas juste avant les courses — tout a changé. La récupération entre les séances. L’énergie le matin. La résistance à la fatigue sur les longues sorties. Le confort digestif en course.
Le principe fondateur : des aliments réels, bruts, reconnaissables
Avant de parler de timing, de macros ou de compléments, il y a un principe simple qui surpasse tout le reste : manger des aliments réels. Pas des produits transformés avec une liste d’ingrédients illisible. Pas des barres protéinées industrielles chargées en additifs. Des aliments que tu reconnais, que tu peux pointer du doigt dans leur forme originale.
Les aliments indispensables du trailer
La betterave : un légume-racine extraordinaire. Riche en nitrates, elle améliore l’efficacité musculaire et la consommation d’oxygène. Des études montrent une amélioration de la VO2max et de l’endurance avec une consommation régulière. Mange-la cuite, râpée crue, en jus concentré avant les longues sorties.
La patate douce : le meilleur glucide complexe qui existe pour un coureur. Index glycémique modéré, riche en béta-carotène, vitamines B, potassium. Elle nourrit dans la durée sans pic glycémique brutal. À préférer largement au riz blanc et aux pâtes au quotidien.
Les légumes de toutes les couleurs : chaque couleur correspond à une famille d’antioxydants différente. Le trailer génère un stress oxydatif énorme à l’entraînement. Sans apport massif en antioxydants, la récupération est ralentie et l’inflammation chronique s’installe.
Les fruits : la banane pour le potassium. Les cerises pour les anthocyanes anti-inflammatoires. Les fruits rouges pour les polyphenols. Les agrumes pour la vitamine C et la récupération des tendons.
Les oléagineux : amandes, noix, noix de cajou, noisettes, pistaches. Ce sont des bombes d’énergie à libération lente. Riches en acides gras essentiels, magnésium, zinc, sélénium. Ils complètent l’apport en énergie et micronutriments, mais ne remplacent pas une vraie source protéique.
Ce qu’il faut limiter ou éliminer :
- Les produits ultra-transformés (liste d’ingrédients de plus de 5 lignes)
- Les sucres rapides hors contexte d’effort (sodas, bonbons, viennoiseries industrielles)
- L’alcool — particulièrement anti-récupération et perturbateur du sommeil
- Les graisses hydrogénées (chips, biscuits industriels, margarines)
Comment structurer ses repas au quotidien
La nutrition d’un trailer n’est pas une question de comptage de calories. C’est une question de timing, de combinaisons et de qualité.
Le matin : gras + protéine + fibre
L’objectif du matin : fournir une énergie stable toute la matinée sans provoquer un pic de glycémie suivi d’un crash à 10h. Ce trio ralentit la digestion et l’absorption des sucres, stabilise la glycémie et maintient la satiété.
- Œufs brouillés + légumes sautés (courgette, poivron, épinards) + avocat : protéines complètes + lipides de qualité + fibres. Le combo parfait, rapide à préparer.
- Saumon fumé + concombre + yaourt grec nature + quelques noix : oméga-3 anti-inflammatoires + protéines + probiotiques.
- Fromage de qualité (gruyère, comté, chèvre) + légumes crus + huile d’olive : simple, efficace, très bon pour les entraînements à mi-journée.
- Flocons d’avoine nature + graines de chia + lait entier + quelques amandes : quand tu as besoin de plus de glucides avant une longue sortie du matin.
Ce qu’on évite le matin : le jus d’orange seul, les céréales sucrées, la tartine blanche avec confiture. Ce sont des montagnes de sucre rapide qui provoquent fatigue et fringale en milieu de matinée.
Le midi : protéine + légume + sucre lent
Le repas du midi doit réunir les trois macronutriments. C’est le repas qui nourrit l’après-midi et l’éventuel entraînement de fin de journée. On y introduit les glucides complexes, car c’est là qu’on en a le plus besoin.
Le meilleur carburant long terme : la patate douce. Loin devant le riz, les pâtes ou le pain. Sa richesse en fibres et en micronutriments en fait un glucide complet. Riz, pâtes et pain restent du carburant utile — notamment avant une longue sortie — mais moins nutritifs dans l’ensemble.
- Patate douce rôtie + blanc de poulet + salade d’épinards, tomates, huile d’olive : équilibre parfait, anti-inflammatoire, riche en fer et béta-carotène.
- Riz basmati + thon au naturel + brocolis vapeur + graines de sésame : protéines complètes, iode, crucifères antioxydants.
- Lentilles corail + légumes rôtis (betterave, carotte, poivron) + feta : protéines végétales + fer + antioxydants. Parfait les jours sans entraînement.
- Patates douces sautées + saumon grillé + haricots verts + jus de citron : oméga-3, vitamine C, potassium.
L’après-midi : l’heure des oléagineux et du fruit
Si tu t’entraînes en fin d’après-midi, la collation est importante. Si tu ne t’entraînes pas, elle doit être légère.
Collation pré-entraînement (60 à 90 min avant) :
- 1 banane + 30 g d’amandes
- Compote maison + quelques noix de cajou
- Pain de seigle + beurre d’amande + miel (si entraînement long)
- Dattes + fromage blanc
Sans entraînement : une petite poignée de fruits à coque + un fruit de saison. C’est suffisant.
Le soir : récupération et réparation
Le repas du soir est le repas de la récupération. Si tu t’es entraîné dans la journée, c’est ici que la reconstruction musculaire commence vraiment — et elle continue pendant le sommeil.
Trois règles pour le soir :
- Protéines en priorité : au moins 25–35 g de protéines complètes. Poisson, viande maigre, œufs, légumineuses.
- Légumes en abondance : la moitié de l’assiette, cuits ou crus.
- Sucres lents modérés : moins qu’au déjeuner si tu ne t’entraînes pas le lendemain matin.
- Pavé de saumon au four + patate douce + épinards sautés à l’ail
- Omelette aux légumes (champignons, poivrons, oignons) + riz basmati
- Poulet rôti + betterave cuite + quinoa + vinaigrette huile d’olive/citron
- Morue + pois chiches + courgettes + tomates
Le magnésium : le minéral oublié du trailer
Le magnésium est impliqué dans plus de 300 réactions enzymatiques dans le corps. Pour un coureur d’ultra, il joue un rôle central dans la contraction musculaire, la production d’énergie et la qualité du sommeil. La carence est extrêmement courante chez les sportifs d’endurance : la transpiration en perd beaucoup, le stress chronique de l’entraînement en consomme davantage.
Signes d’un manque de magnésium : crampes nocturnes fréquentes, fatigue persistante malgré le sommeil, irritabilité, sommeil non récupérateur, palpitations légères à l’effort.
Meilleures sources alimentaires :
- Graines de courge : 150 mg pour 30 g — la meilleure source alimentaire
- Amandes et noix de cajou : 75–80 mg pour 30 g
- Épinards cuits : 80 mg pour 100 g
- Légumineuses : 50–90 mg pour 100 g (haricots noirs, lentilles)
- Chocolat noir 70 %+ : 65 mg pour 30 g
En période d’entraînement intense, une supplémentation en magnésium bisglycinate (300–400 mg le soir) améliore la qualité du sommeil et la récupération musculaire nocturne. La cohérence cardiaque pratiquée avant de dormir potentialise encore cet effet.
La protéine après l’entraînement : la règle des 30 minutes
Après chaque entraînement de plus d’une heure, une fenêtre de récupération s’ouvre. Dans les 30 minutes qui suivent l’effort, la sensibilité musculaire à l’insuline est maximale. C’est le moment idéal pour apporter des protéines — elles seront utilisées directement pour reconstruire les fibres musculaires endommagées.
Cible : 20 à 30 g de protéines de haute qualité dans les 30 minutes post-entraînement.
- Yaourt grec nature (200 g) + banane + quelques amandes — 20 g de protéines, simple et efficace
- Verre de lait entier ou chocolaté — souvent cité comme meilleure boisson de récupération naturelle
- 2 œufs durs + une pomme
- Skyr + compote maison — 17 g de protéines pour 150 g
- Shake maison : lait + banane + flocons d’avoine + beurre d’amande
Cette habitude, appliquée à chaque entraînement sur une saison entière, change radicalement la récupération et la progression.
Les oléagineux : l’énergie de fond du coureur
Amandes, noix, noix de cajou, pistaches, noisettes, noix du Brésil — ils sont tous intéressants mais pour des raisons différentes.
Pourquoi c’est indispensable pour un trailer :
- Riches en acides gras mono-insaturés (oméga-9) : anti-inflammatoires, bons pour le cœur
- Riches en vitamine E : antioxydant puissant qui protège les cellules du stress oxydatif généré par l’effort
- Source de zinc, sélénium, magnésium, cuivre
- Énergie dense et stable, pas de pic glycémique, satiété prolongée
| Oléagineux (30 g) | Kcal | Protéines | Magnésium | Point fort |
|---|---|---|---|---|
| Amandes | 172 | 6 g | 76 mg | Vitamine E, calcium |
| Noix | 196 | 4,5 g | 45 mg | Oméga-3 végétal (ALA) |
| Noix de cajou | 163 | 5 g | 82 mg | Zinc, fer |
| Pistaches | 159 | 6 g | 34 mg | Lutéine, vitamine B6 |
| Noix du Brésil | 185 | 4 g | 107 mg | Sélénium (1 noix = 100 % des besoins) |
| Graines de courge | 151 | 7 g | 150 mg | Meilleure source de magnésium |
Plan nutritionnel type sur une semaine d’entraînement
| Moment | Ce qu’on mange | Pourquoi |
|---|---|---|
| Matin (repos ou sortie légère) | Œufs + légumes + avocat ou saumon + fromage + crudités | Gras + protéine + fibre : énergie stable toute la matinée |
| Matin (avant longue sortie) | Flocons d’avoine + banane + lait + amandes | Glucides lents + protéines + énergie progressive |
| Collation pré-sortie (60 min avant) | Banane + poignée de noix de cajou | Énergie rapide + lipides pour la durée |
| Immédiatement après entraînement | Yaourt grec + banane OU lait chocolaté | Protéines + glucides rapides — fenêtre anabolique |
| Déjeuner | Patate douce + protéine (poisson, poulet) + légumes + fruit | Recharge glucidique, réparation, antioxydants |
| Collation après-midi | Poignée d’oléagineux + fruit de saison | Énergie sans pic glycémique |
| Dîner | Protéine + légumes abondants + sucres lents modérés | Récupération nocturne, réparation musculaire |
| Avant coucher (entraînement intensif) | Fromage blanc ou skyr + quelques noix | Caséine = protéine lente idéale pour la nuit |
Les compléments qui valent vraiment la peine
Pas des poudres miracles — des suppléments validés scientifiquement pour les sportifs d’endurance.
Les indispensables :
- Magnésium bisglycinate (300–400 mg le soir) : récupération nocturne, anti-crampes, qualité du sommeil
- Oméga-3 EPA/DHA (1–2 g/jour) : si consommation de poisson gras inférieure à 2 fois/semaine. Anti-inflammatoire systémique.
- Vitamine D3 (1 000–2 000 UI/jour, octobre à avril) : synthèse musculaire, immunité, moral. Pratiquement tout le monde en est déficient en hiver en Suisse.
- Jus de betterave concentré (70–140 ml, 2h avant les sorties longues) : nitrates naturels, améliore l’efficacité musculaire et l’oxygénation.
Utiles en période de charge intense :
- Curcumine + pipérine : puissant anti-inflammatoire naturel
- Tart cherry (cerise acide) en extrait ou jus : réduction des courbatures, amélioration de la récupération
- Probiotiques : pour maintenir une flore intestinale saine sous stress d’entraînement élevé
Adapter sa nutrition à la période de préparation
La nutrition quotidienne n’est pas figée : elle évolue avec le volume et l’intensité de l’entraînement.
- Période de faible volume : réduire les glucides, maintenir protéines et légumes. Pas la peine de carburer si la demande est faible.
- Semaines de charge (10h+ par semaine) : augmenter les glucides complexes au déjeuner et avant les sorties. Ajouter une collation supplémentaire si nécessaire.
- Jours de repos : réduire les glucides, augmenter les protéines et les légumes. C’est le jour où le corps répare le plus — donnez-lui les bons outils.
- La semaine avant la course : ne rien changer de radical. Augmenter légèrement les glucides les 3 derniers jours. Réduire les fibres et les graisses la veille pour alléger la digestion.
La vraie préparation commence dans l’assiette
Les coureurs qui arrivent sur la ligne de départ avec un corps bien nourri toute l’année ne courent pas forcément plus vite — mais ils courent plus longtemps, récupèrent mieux entre les séances, et n’abandonnent pas pour des raisons énergétiques ou digestives qui auraient pu être évitées.
La nutrition quotidienne, c’est le travail invisible — au même titre que la maîtrise de la respiration ou la construction progressive d’un plan d’entraînement sur 12 mois. Celui qui ne se voit pas sur Strava, qui ne fait pas de belle photo, qui ne génère aucun like. Et pourtant : c’est lui qui décide si tu finis debout ou à genoux après 30 heures de course. Tout comme le travail sur le mental en course, qui transforme un corps bien nourri en finisher.
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Basé à Evilard, au pied du Chasseral. J'ai terminé la Diagonale des Fous (175 km / 10 107 m+) et plusieurs ultras à travers les Alpes et le Jura. Ce que j'ai appris en 8 ans de course, je le transmets dans les stages et les ressources de Prepa Ultra Trail.